« Quand on fait du buzz en tweetant, y'a pas moyen de l'exprimer autrement » Alain Rey, Directeur de publication du Petit Robert.
L'édition 2012 du Petit Robert qui vient de sortir apporte comme chaque année son lot de nouveaux mots qui étaient bien souvent entrés dans les usages courants avant d'être adoubés par les puristes. Avec 1500 nouvelles définitions pour ses 60 ans, le plus jeune et le moins conservateur des grands dictionnaires français frappe un grand coup.
Les domaines des nouvelles technologies, les expressions à la mode chez les jeunes, les marques emblématiques (telles que Facebook) et les mots directement issus de l'anglais se taillent la part du lion quand ces nouveaux mots ne relèvent pas concomitamment de ces 4 catégories à l'instar du tweet et de son verbe tweeter qui font une entrée fracassante dans le corpus académique des mots de langue française avec e-learning. Alléluia.
e-learning : « apprentissage, formation par le moyen d'Internet»
Telle est donc la définition officielle qui fait du verbe anglais « learning » un terme sans équivalent en français puisque ni apprentissage ni formation ne semblent convenir à eux seuls. Pour la modalité, la désignation d'internet plutôt que « à distance », « en ligne » ou « par le biais des réseaux informatiques » prètera sans doute à discussions puisque de nombreuses entreprises mettent en place des programmes d'e-learning dans le cadre de leurs réseaux intranet.
Après avoir déployé des trésors d'inventivité pour trouver à l'e-learning un substitut qui ne semble pas avoir traversé la manche à la nage, il semble donc que les gardiens de l'esprit de la loi Toubon* aient rendu les armes, même si cette définition du Petit Robert prend le soin de préciser qu'il s'agit bien d'un anglicisme. Cette tare congénitale qui frappe les mots dont les radicaux ne sont pas issus du Français ou de ses inspiratrices gréco-latines n'en fait pas un idéal puisque la recommandation officielle reste « formation en ligne » (et non pas "formation à distance"). Le même genre de recommandation cocasse accompagne ainsi le smartphone, cet autre nouveau venu remarqué auquel on recommande, pour la forme, de préférer « terminal de poche » ou « ordiphone ».
Du refus d'accepter le « e » comme un préfixe à part entière.
On notera qu'il convient désormais de respecter le tiret « du 6 » entre « e » et « learning », tout comme nous sommes censé respecter celui en « e » et « mail » pour ces fameux « emails » qu'on a tenté en vain de remplacer par courrier électronique, courriel ou mèl aux temps héroïques de son émergence. Le détail relève en apparence de la capillotétratomie (tendance à couper les cheveux en 4) mais ce tiret est le marqueur d'une dernière barrière qui tient bon depuis 15 ans que la culture numérique s'épanouit dans notre beau pays. Celle qui consiste à refuser le « e » comme préfixe à part entière. Sinon pourquoi le nouveau venu Métadonnées ne prendrait-t-il pas lui aussi son tiret ?
Si l'on se place du point de vue des usages liés à l'internet, ce tiret pose problème en raison de son traitement pas les moteurs de recherche qui l'interprètent chacun à leur façon mais jamais comme un élément signifiant pour le sens du mot. L'ère de l'informatique a déjà eu raison des caractères spécifiques à certaines langues tels que le Eszett allemand (β), le Ø barré cher aux scandinaves et la profusion de cédilles et d'accents propre aux langues turcophones. Le tiret sera peut-être le prochain sur la liste.
Une dernière question sémantique reste en suspends. dit-on "au e-learning" ou "à l'e-learning" ? Si quelqu'un à la réponse, il est prié de nous la transmettre afin de pallier au chirohirsutisme (le fait d'avoir un poil dans la main) dont nous avons fait preuve en ne posant pas la question aux équipes du Petit Robert.
NB : les termes non conventionnels utilisés dans cet article sont issu du dictionnaire de la langue Xyloglotte, un trésor d'inventivité anourocéphale (sans queue ni tête) qui condense en élégants radicaux gréco-latins les expressions les plus triviales de la langue française pour le plus grand plaisir des autoaudiologophiles (personnes aimant s'écouter parler, faut suivre un peu !).
*Du nom de l'ancien ministre de la culture Jacques Toubon. L'une des dispositions de cette loi promulguée en 1994 visait à protéger les mots de langue française en bannissant l'usage de mots étrangers et notamment anglo-saxons dans les lieux publics, les publications officielles et les médias.